كُتِبَ عَلَيْكُمُ ٱلْقِتَالُ وَهُوَ كُرْهٌ لَّكُمْ ۖ وَعَسَىٰٓ أَن تَكْرَهُوا۟ شَيْـًٔا وَهُوَ خَيْرٌ لَّكُمْ ۖ وَعَسَىٰٓ أَن تُحِبُّوا۟ شَيْـًٔا وَهُوَ شَرٌّ لَّكُمْ ۗ وَٱللَّهُ يَعْلَمُ وَأَنتُمْ لَا تَعْلَمُونَ
« Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable. Or, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle vous est un bien. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est mauvaise. Allah sait, tandis que vous, vous ne savez pas. »
Sourate Al-Baqarah, 2 : 216
Ce que le verset ouvre
Un adolescent choisit le football, et le place au-dessus de tout. Il y croit, il y met ses meilleures années. Ce qu'il laisse de côté pour lui — des cours qui demandaient de la patience, un métier qui s'apprend lentement, le Coran qu'il avait commencé à apprendre — lui paraît secondaire, parfois même pesant.
Des années plus tard, il revient exactement à ce qu'il avait laissé. Et c'est en mémorisant la sourate Al-Baqarah qu'il tombe sur ce verset, et qu'il s'y reconnaît.
Certains versets se lisent en une minute, et se comprennent en dix ans.
Le verset commence par une prescription lourde, et il ne l'adoucit pas : le combat est prescrit, alors qu'il vous est désagréable. Le Coran nomme la répugnance avant de demander quoi que ce soit. Puis la phrase s'élargit : elle ne parle plus du combat, elle dit une chose. Et chacun peut alors y poser la sienne.
Ce que le verset ne dit pas compte autant que ce qu'il dit. Il ne dit pas que ce qu'on aime est mauvais, ni que ce qu'on fuit est bon. Il dit il se peut. Il retire seulement à nos goûts et à nos aversions le droit d'avoir le dernier mot sur ce qui nous fait du bien.
Et c'est pour cela que les années du détour ne sont pas des années perdues. Sans elles, la phrase serait restée une phrase lue. Avec elles, elle est devenue une phrase vécue : on a aimé de toutes ses forces ce qui n'était pas à sa place, on a laissé à contrecœur ce qui allait devenir un bien, et on l'a su après.
Le verset ne demande donc pas de ne plus rien aimer ni de ne plus rien fuir. Il demande de tenir ses choix avec un peu moins de certitude, parce qu'un autre savoir voit la fin du chemin.
Dans la langue
Le verset commence par nommer ce que ressentent ceux à qui le combat est prescrit — et il le nomme avec un nom :
La rhétorique arabe distingue les deux formes : le nom dit ce qui est installé, un état qui demeure ; le verbe dit ce qui survient, dans le temps, et peut passer. L'aversion pour le combat est posée comme un état : le verset ne promet pas qu'elle disparaîtra quand on obéit, et il ne la reproche pas.
Quelques mots plus loin, la même racine k-r-h revient — mais cette fois pour une chose, et en verbe :
Ici l'aversion n'est plus un état : c'est quelque chose qui arrive, à un moment de la vie. On déteste une chose, puis le temps passe, et l'on découvre qu'elle était un bien. La forme même du mot laisse la place à ce retournement.
Et le verset se ferme sur un seul verbe, ʿ-l-m, savoir, employé deux fois de suite :
Le texte ne compare pas deux savoirs, l'un plus grand que l'autre. Il pose le même verbe, affirmé d'un côté et nié de l'autre.
Le nom dit ce qui pèse et demeure, le verbe ce qui passe. Entre les deux, il y a le temps — et c'est souvent lui qui fait comprendre.
Aujourd'hui
Pense à une chose que tu as poursuivie de toutes tes forces, ou à une chose que tu as laissée à contrecœur. Ne te demande pas trop vite si tu as eu tort. Demande-toi ce que ce chemin t'a appris que tu n'aurais pas su autrement — et si ce qui te pèse aujourd'hui ne mérite pas, lui aussi, un peu de patience avant d'être jugé.
Qu'Allah nous fasse aimer ce qui est un bien pour nous,
et nous rende légère
la route qui y mène. 🤲
Sources
Texte arabe : rasm ʿuthmānī, Sourate Al-Baqarah (2), verset 216 — repris tel quel depuis quran.com, sans saisie manuelle.
Traduction française : Muhammad Hamidullah, reprise mot pour mot, sans reformulation.
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La note « Dans la langue » relève deux reprises visibles dans le texte arabe lui-même : la racine k-r-h, d'abord en nom (kurhun) puis en verbe (takrahū), et le verbe ʿ-l-m (yaʿlamu, lā taʿlamūn). La distinction entre le nom, qui exprime la stabilité, et le verbe, qui exprime ce qui survient, est une règle de la rhétorique arabe ; son application à ce verset est une méditation, non une règle d'interprétation. Le parcours évoqué est un témoignage réel, rapporté sans nom. La réflexion est une méditation personnelle : elle n'est pas un commentaire savant (tafsīr) et ne prétend pas en tenir lieu. Le verset porte sur la prescription du combat ; aucun avis juridique n'est rendu sur ce sujet.