Tadabbur · Verset 6

الجاثية

Le désir et la chute portent le même mot

Sourate Al-Jâthiyah, 45 : 23

أَفَرَءَيْتَ مَنِ ٱتَّخَذَ إِلَـٰهَهُۥ هَوَىٰهُ وَأَضَلَّهُ ٱللَّهُ عَلَىٰ عِلْمٍ وَخَتَمَ عَلَىٰ سَمْعِهِۦ وَقَلْبِهِۦ وَجَعَلَ عَلَىٰ بَصَرِهِۦ غِشَـٰوَةً فَمَن يَهْدِيهِ مِنۢ بَعْدِ ٱللَّهِ ۚ أَفَلَا تَذَكَّرُونَ

« Vois-tu celui qui prend sa passion pour sa propre divinité ? Et Allah l'égare sciemment et scelle son ouïe et son cœur et étend un voile sur sa vue. Qui donc peut le guider après Allah ? Ne vous rappelez-vous donc pas ? »

Sourate Al-Jâthiyah, 45 : 23

Ce que le verset ouvre

Un terrain en fin d'après-midi, le soleil qui descend, une passion à laquelle on a déjà donné des années. Beaucoup de choses ont été mises de côté pour elle — des études, du travail, des présences ailleurs. Rien de tout cela n'est un péché. Le football n'est pas une idole.

Le verset ne parle pas de la passion. Il parle de la place.

Il ne dit pas « celui qui aime trop », il dit celui qui prend sa passion pour sa propre divinité. Ce n'est pas une question d'intensité, c'est une question de rang : ce qui décide en dernier. Ce devant quoi tout le reste s'écarte. Ce qu'on ne coupe jamais, même quand il faudrait.

Et le test est simple, presque trop simple : au moment où l'appel à la prière traverse le bruit du jeu, qu'est-ce qui cède ? Si c'est le jeu, la passion reste une passion. Si c'est la prière, quelque chose a changé de rang, sans qu'on l'ait décidé un seul jour.

Voilà ce qui rend le verset redoutable : il ne décrit pas un homme qui a choisi une idole. Il décrit un homme dont le désir a pris la place — le verbe est actif, et ce n'est pas lui qui l'a posé là.

La suite du verset ne parle plus de faute, elle parle de dégâts : l'ouïe scellée, le cœur scellé, un voile sur la vue. Ce sont les trois organes par lesquels on se corrige. Quand ce qu'on veut passe en premier, ce ne sont pas les règles qu'on perd d'abord, c'est la capacité d'entendre qu'on est en train de dériver.

Ce n'est donc pas un verset qui demande de moins aimer. C'est un verset qui demande de vérifier l'ordre, de temps en temps, pendant qu'on entend encore.

Dans la langue

Deux mots se suivent dans le verset, et c'est leur voisinage qui frappe :

إِلَـٰهَهُۥ هَوَىٰهُ ilāhahu hawāhu — sa divinité, son désir

Le second, hawā, est le mot du Coran pour le penchant, l'envie, le caprice. Il est bâti sur trois lettres — h-w-y — et cette racine ne dit pas d'abord le désir. Elle dit la chute : hawā, c'est aussi tomber, dévaler, plonger vers le bas.

La même racine donne le nom d'un abîme, à la fin d'une sourate qui pèse les actes :

هَاوِيَةٌ hāwiya — « un abîme très profond » (101 : 9)

Autrement dit, la langue a rangé le désir et la chute dans la même famille. Les lexicographes classiques l'expliquaient ainsi : on l'appelle hawā parce qu'il fait tomber celui qui le suit.

Le mot le disait avant nous : ce qu'on suit sans le peser ne nous élève pas — il nous emmène vers le bas.

Aujourd'hui

Prends la chose qui compte le plus pour toi en ce moment — un projet, un sport, un téléphone, une personne, une somme d'argent. Ne te demande pas si tu l'aimes trop. Demande-toi ce qui s'arrête quand elle appelle, et ce qu'elle fait, elle, quand la prière appelle. La réponse dit le rang, et le rang est la seule chose que le verset demande de corriger.

Qu'Allah nous garde d'aimer ce qui nous éloigne,
et nous rende chère la chose qui nous rapproche. 🤲

Sources

Texte arabe : rasm ʿuthmānī, Sourate Al-Jâthiyah (45), verset 23, et Sourate Al-Qâriʿah (101), verset 9 — repris tels quels depuis quran.com, sans saisie manuelle.

Traduction française : Muhammad Hamidullah, reprise mot pour mot, sans reformulation.

Vérifier le verset sur quran.com →

La note « Dans la langue » relève une parenté de racine (h-w-y) entre hawā et hāwiya ; c'est une observation lexicale, non une règle d'interprétation. La réflexion qui précède est une méditation personnelle : elle n'est pas un commentaire savant (tafsīr) et ne prétend pas en tenir lieu. Aucun avis juridique n'y est rendu.