وَقُلْنَا يَـٰٓـَٔادَمُ ٱسْكُنْ أَنتَ وَزَوْجُكَ ٱلْجَنَّةَ وَكُلَا مِنْهَا رَغَدًا حَيْثُ شِئْتُمَا وَلَا تَقْرَبَا هَـٰذِهِ ٱلشَّجَرَةَ فَتَكُونَا مِنَ ٱلظَّـٰلِمِينَ
« Et Nous dîmes : "Ô Adam ! Habite le Paradis toi et ton épouse, et nourrissez-vous-en de partout à votre guise ; mais n'approchez pas de l'arbre que voici, sinon vous seriez du nombre des injustes." »
Sourate Al-Baqarah, 2 : 35
Ce que le verset ouvre
C'est le premier ordre donné au premier homme, et ce n'est pas un ordre de faire. C'est un ordre d'habiter.
Puis vient la descente sur terre, la mission, les années. Et à la fin du parcours, la destination n'est pas un lieu nouveau : c'est celui du départ.
Nous refaisons ce trajet en petit, tous, sans le remarquer. On naît dans une maison — celle où l'on est en sécurité sans avoir rien fait pour le mériter. Puis il faut partir : l'école, la ville, le travail, souvent le pays. On s'éloigne pour construire, et c'est bien ainsi ; c'est ce qui était demandé.
Mais quelque chose ne quitte jamais la première maison. Les années passent et le désir revient : rentrer. Beaucoup rentrent vivre là où ils ont grandi. Et ceux qui ne le peuvent pas demandent, presque tous, à être ramenés chez eux pour y être enterrés. Personne n'apprend cela ; c'est déjà là.
Ce n'est pas de la nostalgie. C'est la forme même du voyage : on est envoyé, on accomplit, on revient. Celui qui l'a compris ne s'installe pas dans l'étape en croyant qu'elle est l'arrivée.
Dans la langue
Le mot traduit par « habite » n'est pas un mot d'installation ordinaire.
Il est bâti sur trois lettres — s-k-n — qui donnent en arabe toute une famille : maskan, la demeure ; sākin, celui qui y réside ; et sakīna, cette tranquillité que le Coran fait descendre sur les cœurs au plus fort de la peur. La même racine dit le logement et l'apaisement.
Autrement dit, la langue ne sépare pas les deux. Un lieu où l'on habite vraiment est un lieu où l'on se pose. Et le premier mot adressé à l'homme ne lui dit pas reste ici : il lui dit trouve ici ton repos.
D'où l'inconfort sourd, partout ailleurs : nous cherchons un maskan, et nous ne trouvons que des étapes.
Aujourd'hui
Demande-toi honnêtement où tu cherches ton repos en ce moment — un projet, une somme d'argent, une réussite, un retour. Puis pose la question suivante : et si ce n'était qu'une étape, qu'est-ce que je changerais aujourd'hui ?
Qu'Allah fasse de notre passage une route droite,
et de notre retour une arrivée. 🤲
Sources
Texte arabe : rasm ʿuthmānī, Sourate Al-Baqarah (2), verset 35 — repris tel quel depuis quran.com, sans saisie manuelle.
Traduction française : Muhammad Hamidullah, reprise mot pour mot, sans reformulation.
Vérifier le verset sur quran.com →
La note « Dans la langue » relève une parenté de racine (s-k-n) entre uskun, maskan et sakīna ; c'est une observation lexicale, non une règle d'interprétation. La réflexion qui précède est une méditation personnelle : elle n'est pas un commentaire savant (tafsīr) et ne prétend pas en tenir lieu. Aucun avis juridique n'y est rendu.